Rembourser la dette publique : la pire des hypothèses

Samedi 28 janvier 2006

Louis Gill. 2006. Rembourser la dette publique : la pire des hypothèses, Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM, Collection « Les sciences sociales contemporaines », 117 p.

Cet ouvrage de Louis Gill est sur la page du site des Classiques des sciences sociales de l’auteur. Nous le reproduisons sur le site Economie autrement avec l’autorisation de ce dernier. Le livre est disponible pour 10 dollars en format papier, à la Chaire d’études socioéconomiques de l’UQAM.

Avant-propos (Quatrième de couverture) Le débat public sur l’opportunité de rembourser la dette est grevé d’un lourd handicap en raison de la grande complexité de la question et de ce que l’absence généralisée de connaissances au sein de la population quant à ses aspects techniques donne aux dirigeants politiques et aux « experts » un avantage décisif dans la défense de leur point de vue. L’objectif de ce livre, comme son titre l’indique, est de soutenir un point de vue tranché sur la question, frontalement opposé à celui qu’on tente à grands renforts de démagogie et de désinformation d’inculquer à l’opinion publique. Mais il vise tout autant à aider le plus de gens possible à faire connaissance avec les rudiments du monde peu accueillant de la dette publique et à avancer dans la compréhension des fondements du problème, condition sine qua non du débat démocratique. Ayant rappelé que la dette du Canada s’élevait à plus de 100% du PIB au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale et que ce rapport avait chuté à moins de 20% trente ans plus tard, sans aucun remboursement, par le seul effet d’une croissance du PIB plus rapide que celle de la dette, il montre que les sommes engagées dans la réduction de la dette sont largement supérieures aux économies d’intérêts réalisées grâce à ces remboursements et qu’elles se soldent par un coût énorme en ressources qui pourraient et devraient plutôt être destinées à des usages sociaux. Il en tire la conclusion que le prétendu conflit entre générations qui proviendrait de l’existence de la dette est un leurre et que si un tel conflit existait, il serait bien davantage la conséquence du gaspillage de ressources investies dans le remboursement de la dette, le meilleur legs à laisser aux générations futures et la meilleure dotation à offrir à la génération actuelle étant les investissements en santé et en éducation qui sont la base de la richesse actuelle et future. Il met en garde contre l’alarmisme envahissant des « lucides » qui nous annoncent les pires scénarios d’avenir et lève le voile sur certaines faces cachées de la dette, comme la transformation par la comptabilité gouvernementale de la « bonne dette » (découlant de l’acquisition de biens durables) en « mauvaise dette » découlant de déficits budgétaires passés attribués à des excès de dépenses courantes désignées comme des « dépenses d’épicerie ». Il met en évidence les liens étroits entre la croissance de la dette publique et le développement et le renforcement des marchés financiers et montre comment la dette publique sert d’autant mieux ces derniers qu’elle est un puissant levier de l’austérité budgétaire, de la réduction des services publics et de la privatisation du patrimoine collectif.