Pourquoi un si gros bas de laine ? L’épargne des entreprises au Canada.

Jeudi 21 avril 2011

Pendant que le Parti conservateur fait de la réduction des impôts pour les entreprises la pierre angulaire de sa politique économique, les grandes entreprises canadiennes ont déjà largement adapté leurs pratiques à ce nouveau climat fiscal, mais d’une manière inattendu. La théorie des conservateurs veut qu’en baissant les impôts des entreprises celles-ci auront plus d’argent disponible pour investir dans l’économie canadienne. Or, en 2009, elles ont plutôt gardé près de 400 milliards de dollars dans des dépôts bancaires dont le tiers en devises étrangères. Cette manne d’actifs liquides détenue par les grandes entreprises représente plus de 28% du PIB, tandis que leurs investissements non-financiers représentaient, pour la même année de 2009 moins de 11% du PIB. Loin d’être une réaction de « firmes prudentes » à la crise de 2007 – 2008, comme le montre le graphique ici-bas, c’est une tendance lourde et profonde qui s’est construit sur 2 décennies. D’un côté on voit un taux d’investissement qui fluctue en fonction des cycles économiques mais qui demeure dans les 10 à 13%, malgré les baisses d’impôt du passé, de l’autre côté on voit progressivement se détacher la détention d’actifs liquides de tout rapport avec l’investissement ou les cycles économiques. D’une moyenne de 5% dans les 1970, le taux d’actifs liquides dans le bilan des entreprises non-financière passe la barre des 10% du PIB dans les années 80, avant d’atteindre les niveaux délirant des années 2000. À partir de 2001 il n’y a plus de relation significative entre les liquidités dont disposent les entreprises canadiennes et les investissements dans lesquels elles s’engagent.