Pour sauver la planète, sortez du capitalisme.

Samedi 11 avril 2009

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Éditions du Seuil

Extrait (pp. 10 à 12)

« On peut résumer notre situation par les sept axiomes que voici :

1.    Laisser la crise écologique s’approfondir conduirait la civilisation vers une dégradation continue et importante de ses conditions d’existence.

2.    L’hypothèse d’effets de seuil au-delà desquels les systèmes naturels ne pourraient plus retrouver leur équilibre a acquis une grande crédibilité. Pour éviter d’atteindre et de franchir ces seuils, il y a urgence à infléchir et à inverser les tendances actuelles de transformation de la biosphère.

3.    Rien ne justifie qu’Africains, Asiatiques ou tout autre membre de la communauté humaine aient individuellement un accès aux ressources biosphériques moindre que ne l’ont Européens, Japonais ou Américains du Nord.

4.    Sauf à franchir le seuil d’équilibre de la biosphère, les membres de la communauté humaine ne peuvent accéder tous au niveau actuel d’utilisation des ressources des Européens, Japonais et Américains. Ceux-ci doivent donc réduire leur consommation de ces ressources à un niveau proche d’une moyenne mondiale fortement inférieure à leur niveau actuel.

5.    Les sociétés dites développées sont très inégalitaires. L’équité signifie que la réduction de la consommation matérielle doit être proportionnellement bien plus forte pour les riches que pour les autres. La baisse générale de consommation matérielle sera compensée par une amélioration des services collectifs concourant au bien-être général.

6.    La rivalité ostentatoire est au cœur du fonctionnement de la société planétaire. Elle signifie que les coutumes des classes les plus riches définissent le modèle culturel suivi par l’ensemble de la société. La réduction des inégalités, donc la réduction des possibilités de consommation ostentatoire de l’oligarchie, transformera les modèles généraux de comportement.

7.    Le défi politique majeur de la période qui s’annonce est d’opérer la transition vers une société plus juste et en équilibre avec son environnement sans que l’oligarchie détruise la démocratie pour maintenir ses privilèges. Mais comment passer de ce diagnostic à la transformation nécessaire des rapports sociaux ? D’abord en prenant une claire conscience de la nature de l’adversaire. L’oligarchie prospère dans un système économique, le capitalisme, qui a atteint son apogée. Il importe d’en comprendre la singularité par rapport à ses figures antérieures : le capitalisme a changé de régime depuis les années 1980, durant ces trois décennies où une génération a grandi, voyant les inégalités s’envoler, l’économie se criminaliser, la finance s’autonomiser de la production matérielle, et la marchandisation généralisée s’étendre à la terre entière.

Mais une lecture purement économique de ce déroulement historique passerait à côté de l’essentiel. Si le mécanisme culturel de la consommation somptuaire est au cœur de la machine économique actuelle, l’état de la psychologie collective auquel nous sommes parvenus en est le carburant. Dans les trois dernières décennies, le capitalisme a réussi à imposer totalement son modèle individualiste de représentation et de comportement, marginalisant les logiques collectives qui freinaient jusqu’alors son avancée. La difficulté propre à la génération qui a grandi sous cet empire est de devoir réinventer des solidarités, quand le conditionnement social lui répète sans cesse que l’individu est tout. Pour sortir de la mécanique destructrice du capitalisme, il faut prioritairement démonter des archétypes culturels et se défaire du conditionnement psychique.

Le capitalisme cherche à détourner l’attention d’un public de plus en plus conscient du désastre imminent en lui faisant croire que la technologie, instance en quelque sorte extérieure à la société des hommes, pourrait surmonter l’obstacle. L’issue – et la chance – seraient dans la « croissance verte ». Il faudra déconstruire, là encore, cette illusion qui ne vise qu’à perpétuer le système de domination en vigueur.

L’avenir n’est pas dans une relance fondée sur la technologie, mais dans un nouvel agencement des relations sociales. Les défis de l’heure exigent de sortir de la logique du profit maximal et individuel pour créer des économies coopératives visant au respect des êtres et de l’environnement naturel. (…) Nous pouvons sortir du capitalisme en maîtrisant les cahots inévitables qui se produiront. Ou plonger dans le désordre qu’une oligarchie crispée sur ses privilèges susciterait par son aveuglement et son égoïsme. Ce qui fera pencher la balance, c’est la force et la vitesse avec lesquelles nous saurons retrouver et imposer l’exigence de la solidarité. »

Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Hervé Kempf, © Éditions du Seuil, 2009