Nouvelle revue trimestrielle : la Revue vie économique

Lundi 8 juin 2009

La Revue Vie Économique est une initiative des Éditions vie économique (EVE), coopérative de solidarité. Lieu de débat et de réflexion sur les enjeux économiques, la revue veut aller au-delà de la pensée économique traditionnelle, trop souvent réduite aux seules transactions marchandes, en abordant les dimensions politique et sociétale des activités économiques contemporaines.

Dans le but de faire connaître la revue à un large public, le numéro de lancement, qui porte entièrement sur le thème « Repenser l’économie au XXIe siècle », est exceptionnellement gratuit. Le comité éditorial du premier numéro de la revue a identifié une douzaine de chercheurs et de praticiens couvrant les divers lieux d’expression de la vie économique actuelle, d’où nous voyons émerger un nouveau paradigme de pensée et de pratique.

Dans son article, Gilles Dostaler affirme qu’il n’y a pas lieu de se surprendre de la crise actuelle : aujourd’hui comme hier, le modèle du laisser-faire construit les propres bases de sa remise en cause. Dans la foulée de la dernière crise financière mondiale, la plus grave depuis celle de 1929, accompagnée d’une récession qui risque d’être longue et coûteuse, Keynes revient à la mode. Mais s’agit-il véritablement d’un retour de Keynes ? Selon Dostaler, il convient en effet de distinguer deux choses qui sont le plus souvent confondues : la pensée de Keynes et le keynésianisme. La vision de Keynes est différente, plus riche, plus complexe et plus radicale que le keynésianisme qui s’est imposé dans l’après-guerre.

Par ailleurs, les mesures qui ont été prises jusqu’à maintenant sont-elles suffisantes pour changer en profondeur les pratiques économiques les plus nuisibles : effet de levier excessif, dictature du court terme, attentes de rendement exagérées, opacité des marchés (avec les paradis fiscaux et des produits financiers complexes), gouvernance déficiente des investisseurs institutionnels, etc. ? Va-t-on vraiment s’attaquer à ce « pouvoir de nuisance » du capitalisme financier ? Christian Chavagneux, rédacteur en chef adjoint du magazine Alternatives Économiques, semble penser qu’un pas historique va être franchi.

Par ailleurs, le rôle prépondérant des marchés défendu par la pensée économique dominante a graduellement débouché sur la réduction de celui de l’État. Pourtant, dans plusieurs pays, et en particulier dans les économies émergentes, l’État continue d’être un acteur majeur pour le développement. Dans le contexte actuel de la crise du système financier, du blocage des négociations de l’OMC et de la lutte contre les changements climatiques, on peut raisonnablement envisager un retour de balancier concernant le rôle de l’État. Pour Denis Clerc, fondateur et éditorialiste à Alternatives Économiques, ce rôle prépondérant de l’État est fondamental. Qui peut le mieux sauvegarder les biens publics ? Le réchauffement climatique et le creusement des inégalités rendent le modèle libéral insoutenable. Après trente ans de construction du projet libéral, le gigantesque gâchis qu’il a provoqué exige trois réponses immédiates : reprendre le contrôle de la finance, maîtriser la mondialisation et moraliser la répartition des revenus. De toute évidence, c’est l’État qui est le mieux placé pour y parvenir.

Dans une optique différente, le collectif de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) évalue que la crise financière actuelle ouvre une fenêtre d’opportunités permettant de réactualiser la pensée économique et politique à gauche et de trouver dans la population un accueil plus favorable. Selon l’IRIS, la revalorisation de la gauche doit s’effectuer à trois niveaux : d’une part, apprendre à affirmer la priorité des objectifs sociaux sur la croissance ; d’autre part, convaincre la population que le bien-être de la collectivité, de la démocratie et de l’environnement passe par cette priorisation ; enfin, remplacer l’idéologie néolibérale par des modèles alternatifs de développement.

Mais est-il possible de mener aujourd’hui, à l’échelle globale, ce qui fut fait à l’époque à l’intérieur des espaces nationaux ? Un New Deal international est-il possible ? On ne peut aujourd’hui répondre à cette question qui devrait faire l’objet d’un dossier ultérieur de la Revue Vie Économique. Mais d’ores et déjà, selon Benoît Lévesque, professeur à l’UQAM et à l’ÉNAP, et Gilles L. Bourque, coordonnateur général des Éditions Vie Économique, la situation est mûre pour un renouvellement du modèle québécois de développement sur la base d’une économie plurielle et durable. Selon eux, on assiste présentement à l’émergence d’un paradigme qui permettrait de tenir compte des enjeux globaux apparus depuis une trentaine d’années et qui reconnaîtrait la pluralité des logiques en présence dans la vie économique contemporaine.

Si la crise actuelle incite au pessimisme à court terme, les nombreuses initiatives, qui laissent entrevoir les contours d’une grande transformation, nous invitent à un optimisme à long terme. Pierre Paquette, député du Bloc Québécois, souscrit à ces idées. La conjoncture actuelle et la période qui s’ouvre changent du tout au tout la donne. La manière dont le 21e siècle se dessine semble tout à fait être sur mesure pour le Québec. Mais pour que le Québec puisse mettre en place une stratégie de développement durable, il est essentiel qu’il récupère l’ensemble des pouvoirs de politique économique actuellement contrôlés par le gouvernement fédéral : fiscalité, dépenses budgétaires, assurance-emploi, politique commerciale, politique de développement sectoriel et régional, politique environnementale…

Une lecture transversale de ces textes fait clairement ressortir les particularités historiques de la crise que nous traversons et la nécessaire « refondation » du programme économique de la gauche. La conjonction du caractère insoutenable d’un modèle culturel étroitement individualiste, d’un modèle politique trop hiérarchique et d’un modèle de croissance qui ne tient pas compte de ses impacts sur le long terme, ouvre sur un nouveau modèle de développement, qui renouvelle les relations entre théories et pratiques socioéconomiques.

On peut lire tous ces textes et d’autres sur www.eve.coop.