L’économie féministe : quelques éléments de présentation

Vendredi 9 décembre 2011

Pour inaugurer cette nouvelle rubrique d’Économie autrement sur l’économie féministe, il m’a semblé utile de présenter brièvement ce domaine de recherche très riche, qui forme l’un des champs de spécialisation de la théorie économique. Je tenterai de délimiter très généralement le champ de l’économie féministe, en présentant quelques unes des raisons qui en expliquent la grande complexité. La catégorie analytique du « genre », inséparable de l’approche féministe contemporaire, sera ensuite présentée. Mais auparavant, c’est sur l’ampleur de la recherche féministe en économie que j’aimerais attirer l’attention.

Un champ de recherche foisonnant

L’économie féministe est aujourd’hui un champ de recherche d’envergure. Elle a connu un grand essor, en particulier, depuis les années quatre-vingt-dix. C’est ainsi qu’en 1992, est formellement née l’Association internationale pour l’économie féministe (AIEF) (International Association for Feminist Economics (IAFFE)), en tant qu’association à but non lucratif vouée à l’avancement de la recherche féministe portant sur les questions économiques. Un autre objectif de l’AIEF est « d’éduquer les économistes et les (membres d’autres disciplines) sur les points de vue féministes touchant les questions économiques » [1]. L’AIEF compte aujourd’hui environ 600 membres répartis dans 64 pays [2] . Même si la majorité des membres de cette association sont des économistes, celle-ci est ouverte à des universitaires issus d’autres disciplines, aux étudiants et étudiantes, à des féministes militant dans des associations ainsi qu’aux femmes et hommes politiques. De la sorte, l’AIEF, créée pour servir d’espace de construction, de discussion et de promotion d’une économie féministe, cherche à contribuer « au renforcement des liens entre les féministes qui évoluent dans différents domaines » (Aguiar, Raaber, 2011). En 1997, l’AIEF s’est vue octroyer, en tant qu’organisation non gouvernementale, le statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l’Organisation des Nations-Unis (ONU). Au niveau des publications en matière d’études économiques féministes, il faut mentionner la revue Feminist Economics, qui a vu le jour en 1995. Depuis lors, elle est une publication phare dans ce domaine. Une autre façon de prendre la mesure de l’importance du champ de l’économie féministe consiste à consulter les ouvrages de référence dont l’objectif est d’en recenser les apports. L’ouvrage dirigé par Janice Peterson et Margaret Lewis (1999) est l’un d’entre eux. Publié pour la première fois il y a plus de dix ans , ce dernier contient, sur plus de 800 pages, 99 entrées rédigées par environ 90 économistes, lesquelles portent, entre autres, sur des concepts, écoles de pensée, champs de la discipline et questions de politiques publiques en économie féministe.