L’apport des théories institutionnalistes à l’analyse économique : quelques éléments de théorie hétérodoxe pouvant contribuer aux études féministes

Lundi 18 juin 2012

Ce texte est une version mise à jour d’un article datant de 2002. Ce dernier avait été présenté lors d’un atelier intitulé « La sécurité économique des femmes : les critiques féministes du discours économique dominant et les nouvelles avenues de politiques sociales ». Cet atelier, qui s’était tenu à Québec les 3 et 4 octobre 2002, avait réuni une soixantaine de chercheuses et d’intervenantes féministes. Organisé par le « Réseau féministe de chercheures et d’intervenantes pour un renouvellement des théories et des pratiques économiques et politiques pour la redistribution de la richesse », il constituait un premier traitement systématique, dans le cadre d’une dynamique de réflexion et d’échange « université-communauté », du thème de l’hétérodoxie féministe en économie.

En plénière d’ouverture, cinq économistes, Marguerite Mendell, Sylvie Morel, Ruth Rose, Cécile Sabourin, Diane-Gabrielle Tremblay ainsi que la militante féministe Lorraine Guay, avaient présenté leur vision de l’économie hétérodoxe féministe. Celle de Diane-Gabrielle Tremblay est exposée dans ce texte. Les actes de l’atelier ont été publiés conjointement par l’Institut de recherches et d’études féministes(IREF) et Relais-Femmes [1]. Nous publions ce texte avec l’aimable autorisation de l’IREF.

En réponse au mandat confié, nous avons résumé ici un document plus volumineux et ce, sans doute au prix d’une ultra-simplification. Cette mise en garde étant faite, voici les quelques éléments retenus, en espérant qu’ils puissent permettre des échanges fructueux sur les nouvelles théories économiques et l’apport des théories institutionnalistes à l’analyse de l’emploi, ainsi que de l’articulation emploi-famille, le temps de travail et les temps sociaux.

1. La théorie néoclassique

Nous rappelons ici quelques éléments de la vision néoclassique afin de rendre plus explicite l’opposition avec les théories institutionnalistes. Les paragraphes suivants résument les aspects essentiels du modèle de concurrence pure et parfaite de la théorie néoclassique, avec ses implications pour l’analyse du marché du travail (Tremblay,2004).

CONCURRENCE PURE ET PARFAITE

Dans l’analyse néoclassique, le marché est dit de concurrence pure et parfaite parce que l’on présume que les hypothèses suivantes sont satisfaites :

Hypothèse d’atomicité Les acheteurs et les vendeurs sont en très grand nombre, de sorte qu’aucun d’entre eux ne peut, à lui seul, influer sur l’établissement des prix sur le marché (ou des salaires sur le marché du travail). Les institutions du marché du travail, notamment, n’ont pas de place dans cette analyse.


  • [1] Morel, S., Brossard, L. Caron, A. et N. Goudreault (dir.). 2003. Actes de l’atelier : La sécurité économique des femmes : les critiques féministes du discours économique dominant et les nouvelles avenues de politiques sociales, tenu à Québec les 3-4 octobre 2002, Montréal, IREF-Relais-Femmes.