Dette du Québec. Réplique à Claude Picher

Mardi 12 janvier 2010

Dans La Presse du 22 décembre (P. A23), j’ai comparé la dette du gouvernement du Québec contractée sur les marchés ou « dette directe » (41 % du PIB en 2009, 45 % en 2010) à celle, beaucoup plus élevée, du gouvernement des États-Unis (60 % du PIB en 2009, 70 % en 2010). Dans l’édition du 26 décembre, le journaliste Claude Picher estime qu’il est « téméraire » de se limiter à cette mesure de la dette et qu’il faut ajouter à la dette du gouvernement celles d’Hydro-Québec, des commissions scolaires, des municipalités, des hôpitaux et des universités, ainsi que les engagements de l’État envers ses futurs retraités et la part du Québec dans la dette du gouvernement du Canada, ce qui porterait la dette du Québec à 108 % du PIB en 2009.

Cette mesure de la dette que Claude Picher propose est une extension abusive du concept de dette (brute et nette) de l’ensemble des administrations publiques, utilisé par les organismes internationaux comme l’OCDE et le FMI pour comparer l’endettement des divers pays. Ce concept comprend les diverses composantes mentionnées par Claude Picher, mais exclut les sociétés d’État comme Hydro-Québec, ainsi que les engagements envers les régimes de retraite du secteur public, parce que certains pays les comptabilisent et d’autres pas.

Ainsi calculée de manière à comparer des comparables, la dette brute de l’ensemble des administrations publiques du Québec représente 70 % du PIB en 2009 plutôt que les 108 % calculés par Claude Picher. Ce chiffre est significativement inférieur à la moyenne des trente pays membres de l’OCDE qui est établie par cet organisme ainsi que par le FMI à plus de 90 % du PIB en 2009 et à plus de 100 % pour 2010. Sous cet aspect comme sous celui de la dette directe, on vérifie donc que la situation du Québec n’a rien du caractère exorbitant que certains souhaitent lui attribuer.

Il est par ailleurs pour le moins étonnant de voir Claude Picher présenter les États des États-Unis et particulièrement la Californie comme étant en bien meilleure santé financière que le Québec alors qu’on sait très bien que cet État et plusieurs autres traversent en ce moment des crises financières sans précédent qui les placent dans des situations de quasi faillite et les acculent à un véritable saccage de leurs services publics. Il est désolant de constater à quels glissements peut mener l’admiration béate d’un tandem d’« experts indépendants ».