De Bretton Woods à Séoul

Lundi 29 novembre 2010

Texte paru dans Le Devoir du 17 Novembre, p. B-1. http://www.ledevoir.com/documents/p…

Face aux menaces de crises financières et commerciales, Keynes proposait à la fin de la Seconde Guerre mondiale des solutions radicales, rejetées alors par les États-Unis, et qui demeurent d’actualité dans le contexte actuel de déréglementation et d’hypertrophie financière.

A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, qui était en même temps la véritable sortie de la crise économique mondiale déclenchée en 1929, les représentants de 44 pays se sont réunis à Bretton Woods, dans le New Hampshire, en juillet 1944, pour jeter les bases d’un nouveau système monétaire international. John Maynard Keynes, qui y dirigeait la délégation britannique, était préoccupé en particulier par les déséquilibres engendrés par la coexistence de pays fortement soit créanciers soit débiteurs. Il prônait la création d’une monnaie internationale émise par une entité indépendante des nations. Associée à un contrôle des mouvements de capitaux, cette mesure permettrait de contrer les méfaits d’une spéculation responsable selon lui du krach de 1929.

Puissance désormais dominante, véritables vainqueurs de la guerre et principal pays créancier, les États-Unis ne l’entendaient pas de cette oreille et ont imposé à Bretton Woods un arrangement beaucoup moins contraignant, fondé sur le dollar et géré par le Fonds monétaire international dénué des pouvoirs d’une banque centrale souhaités par Keynes. Trois décennies de croissance relativement soutenue ont suivi, caractérisées par un interventionnisme qualifié de « keynésien » mais en réalité assez éloigné des propositions plus radicales de Keynes en ce qui concerne la réglementation de la sphère financière de l’économie.