Couper les impôts est une mauvaise stratégie de relance économique

Jeudi 19 février 2009

Couper les impôts est une mauvaise stratégie de relance économique

Un plan de relance économique n’est en rien une opération de magie ; il s’agit de prendre de l’argent qu’on aura dans le futur (en s’endettant) et de l’injecter dans l’économie immédiatement afin de renverser l’effet domino de la crise. Pour assurer le succès de l’opération, il faut injecter l’argent de manière à avoir l’effet multiplicateur le plus fort possible et s’assurer que ces investissements permettront d’augmenter nos capacités de productions lors de la reprise. Dans cette perspective, les réductions d’impôts et de taxes proposées par le gouvernement conservateur apparaissent comme une bien mauvaise stratégie de relance et ceci pour au moins quatre raisons évidentes :

1. Les réductions de la contribution fiscale ont un effet de levier insuffisant et dilué.

En effet, rien ne nous assure que les nouvelles sommes transférées aux contribuables seront entièrement dépensées dans l’économie canadienne. Ceux-ci pourraient choisir d’économiser cet argent ou d’acheter des produits importés, ne contribuant ainsi aucunement à la relance de l’économie et de l’emploi au pays. Des études démontrent que chaque dollar de réduction fiscale ne fait augmenter le PIB que de 0,80$, alors que chaque dollar investi dans les infrastructures impulse une croissance du PIB de plus de 1,70$ [1] .

2. Les réductions de la contribution fiscale risquent fort bien de toucher les mauvaises personnes.

D’abord, si l’on se fie aux récentes diminutions d’impôts, ce sont les contribuables à haut revenu qui bénéficieront le plus de cette mesure et non ceux qui sont le plus affectés par les difficultés économiques. Ensuite, il faut reconnaître que jusqu’à maintenant ce n’est pas l’ensemble de la population qui subit les conséquences de la crise. Il serait donc plus équitable de cibler les mesures de transferts vers les victimes directes (personnes mises-à-pied, retraités ruinés, entrepreneurs en faillites, etc.) que de saupoudrer quelques dollars sur l’ensemble de la population.

3. Les allègements fiscaux encouragent la consommation à court terme au lieu de stimuler les investissements qui apporteront des bénéfices dans l’avenir

On ne cesse de nous répéter que la consommation constitue le moteur de notre économie. Il faut, par contre, nous rappeler que les investissements (dans les infrastructures, dans la formation et la recherche et développement) constituent eux-aussi des dépenses en biens et services qui présentent l’avantage supplémentaire d’augmenter à moyen et long terme la capacité de production de notre économie. L’opportunité du plan de relance est non seulement de stimuler l’économie, mais de poser les jalons d’une économie nouvelle pour relever les défis de l’économie mondialisée et de la crise environnementale.

4. En réduisant les impôts, on réduit la capacité d’intervention de l’État dans l’économie.

Cette proposition cache, bien maladroitement, une stratégie néolibérale de réduction de l’État par l’imposition d’une disette forcée. Déjà, les recettes fiscales seront réduites par le ralentissement de l’économie. Les réductions d’impôts viendront grever encore davantage les capacités d’intervention de l’État. Une fois la crise derrière nous, comme les déficits seront plus difficilement justifiables, les conservateurs proposeront évidemment comme stratégie pour rééquilibrer le budget du gouvernement que de nouvelles coupures dans les dépenses sociales soient appliquées.

Au regard de ces arguments, on perçoit que l’obstination avec laquelle les conservateurs défendent les réductions d’impôts s’explique par une foi aveugle dans la doxa néolibérale plutôt que par la réelle volonté de venir en aide aux victimes de la crise.

Afin de s’assurer que l’effet domino de la crise soit stoppé avant qu’il ne détruise les bases de notre économie, le gouvernement du Canada doit renoncer aux réductions d’impôts et appuyer son plan de relance sur deux objectifs principaux :

  • 1. Maintenir le pouvoir d’achat par des mesures d’aide directes et ciblées vers les victimes de la crise. Celles-ci peuvent prendre la forme de majoration et d’allongement des prestations d’assurance emploi en y adjoignant la possibilité pour les travailleurs mis à pied de se recycler. Il faut aussi soutenir les industries manufacturières en crise et s’assurer qu’elles auront accès au financement et à l’expertise nécessaire pour effectuer leur reconversion.
  • 2. Investir massivement dans les infrastructures afin de créer des emplois directs et surtout de consolider l’économie de demain. Bien sûr, les infrastructures traditionnelles comme les routes et les ponts ont besoins d’amélioration, mais nous devons saisir l’opportunité d’insuffler une nouvelle direction à notre économie en favorisant les infrastructures vertes et l’innovation : développement des réseaux de transport en commun, des énergies et des technologies vertes, infrastructure de formation et de recherche et développement, logement social, etc.

Voilà une occasion de montrer que l’intervention stratégique de l’État constitue un moteur essentiel à la définition des orientations du développement économique. Les conservateurs ne peuvent la saboter volontairement par des baisses d’impôts.