Copenhague montre l’impasse : Les coûts des impacts des changements climatiques

Jeudi 18 mars 2010

Avis

Ce texte constitue une version préliminaire et incomplète d’une éventuelle fiche couvrant les impacts de notre consommation d’énergie dans le calcul d’un Indice de progrès véritable (IPV) pour le Québec dont l’élaboration est en cours. Elle fera partie d’une série de fiches touchant l’ensemble des secteurs du développement au Québec. Le dossier est présenté ici dans une forme qui permet une lecture indépendante de cet objectif plus global, tout en fournissant le contexte et les orientations de ce travail.

L’IPV est un indice synthétique élaboré depuis vingt ans par les « économistes écologiques » ; ceux-ci insistent sur le fait que toute activité économique est fondée sur le milieu naturel, soit en termes de ressources, soit en termes de puits pour les rejets soit comme cadre pour l’ensemble de l’activité humaine via les systèmes géophysicochimiques qui régissent la vie sur la planète. L’objectif principal de l’IPV est de fournir un correctif au PIB lorsque ce dernier est utilisé - c’est le cas généralement - comme indice de développement et de « progrès ».

L’IPV part des dépenses personnelles, la partie la plus importante du PIB, pour ensuite effectuer (i) des soustractions pour tenir compte des impacts négatifs du développement en matière sociale et environnementale et (ii) des ajouts pour tenir compte de contributions au développement qui ne figurent pas dans le PIB. Des exemples des premiers sont la pollution de tous genres et l’épuisement de ressources non renouvelables, des deuxièmes le travail non rémunéré et le bénévolat. Tous ces calculs sont faits en termes monétaires, pour rendre possible et directe la correction du PIB.

L’approche constitue une reconnaissance que le « bien-être » de la population peut être associé, dans un premier temps, à leur accès à des biens matériels et à des services fournis par les activités économiques, mais une reconnaissance en même temps que cet accès comporte des coûts. Les soustractions effectuées dans le calcul de l’IPV ajoutent au bilan les coûts des impacts de ces activités, soit les passifs que tout bilan qui se respecte devrait inclure. La plupart des IPV calculés à ce jour montrent un « développement » pendant les dernières décennies dont les bénéfices sont beaucoup moindres que ce qui est suggéré par le PIB. Un plafonnement dans la progression de ce développement est également constaté à partir des années 1970.

La publication de l’IPV pour les États-Unis en 2006 fournit une vue globale des travaux impliqués dans cet indice synthétique global. Voir

http://www.rprogress.org/sustainabi…

Copenhague montre l’impasse : Les coûts des impacts des changements climatiques et l’évaluation qui s’impose pour le Québec

Harvey L. Mead

  • PRÉLIMINAIRE
  • Table des matières
  • Résumé
  • Constats
  • Introduction
  • 1. Une première approximation des coûts occasionnés par les émissions québécoises de GES
  • 2. Un portrait de la situation au Québec en matière d’émissions de GES
  • 3. Une deuxième approximation des coûts des émissions québécoises de GES
  • 4. Des projections pour les émissions cumulatives pour la période 2006-2012
  • 5. Les implications d’une prise en compte des coûts des émissions pour les politiques gouvernementales
  • 6. Copenhague : Des projections concernant les émissions cumulatives pour la période 2012-2020 et leurs coûts
  • 7. Les coûts inhérents dans les décisions pour l’avenir : une dette écologique monstre
  • Fiche technique : Les coûts des émissions de GES aujourd’hui, pour Kyoto, pour Copenhague

Résumé

Les coûts des externalités associées à nos activités économiques ne sont pas pris en compte par le produit intérieur brut (PIB), l’indicateur phare de ces activités. Par ailleurs, cet indicateur est régulièrement utilisé comme indicateur du développement lui-même, alors qu’il n’est pas conçu pour cela et il comporte des lacunes majeures lorsqu’il est utilisé à cette fin. Il importe d’établir les coûts des externalités et de les inclure dans notre évaluation du progrès.

Les coûts des changements climatiques représentent une externalité qui menace actuellement les économies des pays riches, et une restructuration de ces économies semble nécessaire pour faire face aux défis. L’échec appréhendé de la conférence de Copenhague constitue une occasion de corriger les analyses économiques en cours depuis maintenant près de vingt ans au sujet de ces coûts, depuis le Sommet de Rio.

Une première évaluation de ces coûts est faite à partir du calcul de l’Indice de progrès véritable (IPV) pour les États-Unis. Les coûts en 2004 imputés aux émissions américaines selon l’IPV pour les États-Unis sont de 1183 G$US. Suivant cette évaluation, le coût à imputer au Québec, sur la base de son PIB, serait d’environ 23,7 G$ pour les émissions cumulatives québécoises depuis quatre décennies. Il s’agit d’une première estimation de ce que le développement du Québec pendant les dernières décennies a comporté en termes de legs écologique, de coûts de ses impacts sur le fonctionnement des écosystèmes planétaires. Il s’agit également d’une estimation de la « contribution » attendue du Québec par les pays du G77 en compensation du frein à leur propre développement que constituent les émissions cumulées des GES dans l’atmosphère et la nécessité de réduire dramatiquement de futures émissions.

Pour faire face à ce problème, le Québec a adopté un Plan d’action en 2006 auquel il prévoit consacrer cinq milliards de dollars dans les prochaines années. L’intervention du gouvernement dans le cadre du Protocole de Kyoto prétend respecter cette entente, alors que le Québec ne vise pas l’atteinte de son objectif dans une seule année des cinq années en cause, soit 2008-2012 ; actuellement, ses émissions sont au-dessus du niveau de 1990. Les interventions régulières du gouvernement comportent des dépenses pour les infrastructures routières de la province qui dépassent largement celles prévues pour le Plan d’action, et suggèrent des orientations incohérentes face aux défis. Quant aux objectifs ciblés à Bali pour l’entente souhaitée à Copenhague, le Québec vise un objectif en dessous du minimum proposé.

Les émissions cumulatives du Québec représentent la base du calcul plus direct du coût qui doit lui être imputé en relation avec les changements climatiques, puisque ces émissions continuent à exercer un impact sur le climat des décennies après leur entrée dans l’atmosphère. Elles sont de 2975 millions de tonne (Mt) en 2004, dont 1726 Mt dépassent la capacité de la planète à les séquestrer. En se basant sur les émissions de GES cumulées depuis 1971 et en utilisant le coût de 15 euros (20,55 $) par tonne choisi par Transport Canada, on obtient une deuxième estimation pour les coûts totaux des émissions québécoises de GES de 35,5 M$ en 2004, et de près de 39 G$ en 2006.

Pour la période de Kyoto, l’augmentation des émissions imputables au Québec d’ici 2012 d’environ 300 tonnes métriques accroîtra d’emblée le coût qui doit lui être imputé d’environ 5 G$, pour une « dette écologique » du Québec d’environ 45 G$ en 2012. Il s’agit d’une estimation des montants qui devraient plutôt être consacrés à éviter ces émissions additionnelles, pour éviter leurs coûts.

Les analyses faites par le Québec pour préparer sa réponse aux défis pour la période post-Kyoto portent sur les impacts des interventions possibles sur son économie. Ces analyses sont effectuées sans tenir compte des coûts qui doivent être associés à une décision de ne pas agir, ceux qui viennent des impacts des émissions cumulatives devenant de plus en plus importants avec les années. Le résultat est que les gestes proposés, sur le plan économique, n’ont aucune relation proportionnelle avec les impacts des changements climatiques qui sont de plus en plus prévisibles. Ces coûts, environ 15 % du PIB, sont du même ordre de grandeur que ceux assumés pour essayer d’éviter la récession de 2008-2009. C’est cela l’impasse que montre Copenhague. Il n’est pas envisageable que nos dirigeants – pas plus que les « contribuables » – confrontent la réalité, même dans un esprit de précaution, tellement cette réalité est hallucinante et met en question le modèle économique actuel.

Le portrait de la situation à laquelle la conférence de Copenhague fait face est une augmentation de plus en plus importante des émissions cumulatives, presque sans lien avec les objectifs présentement ciblés. Avec des variations, tous les scénarios envisagés pour Copenhague, en termes des émissions qu’ils permettraient, dépassent les 84GG$ en coûts cumulés pour le Québec. À peu de chose près, peu importe la décision que le Québec pourrait prendre, sa dette écologique actuelle, d’environ 39 G$, doublera dans les dix prochaines années avec des émissions additionnelles dont les coûts viendront s’ajouter à cette dette. Il est à craindre que la référence au PIB à ce moment-là sera dépassée, les externalités s’apprêtant à s’imposer d’ici là.

L’inertie dans les comportements actuels et passés est telle qu’elle l’emporte sur les distinctions « fines » inhérentes aux différents scénarios débattus en vue de Copenhague – pour le Québec, et pour l’ensemble des pays développés. Les craintes des scientifiques représentent l’expression d’une telle situation : en prenant compte des risques inacceptables associés à l’emballement du système de régulation du climat, les montants qui seraient exigés pour combattre efficacement et directement les changements climatiques sont du même ordre, toutes proportions gardées, que ceux mis en œuvre pour combattre le risque d’une dépression aux États-Unis et en Europe en 2008-2009.

Pour répéter la conclusion qui doit être tirée des constats présentés ici : Copenhague montre l’impasse du modèle économique actuel, fondé sur la non-prise en compte des facteurs externes, sociaux et environnementaux, et sur une croissance des activités des marchés qui est liée directement aux crises que causent actuellement ces facteurs. Il faut une autre « logique économique » pour les années à venir, une logique qui tiendra compte de l’échec du système actuel. C’est seulement dans un tel contexte qu’il est imaginable que les décideurs puissent prendre les décisions qui s’imposent face aux multiples crises qui sévissent.