Assemblé de Trois-Rivières. Finances publiques : faire peur ou voir venir

Mercredi 24 novembre 2010

Autres voix…autres choix
Finances publiques : faire peut ou voir venir ?

Mot d’ouverture – débat du 19 janvier 2011

Bonsoir et bienvenue à cette assemblée publique organisée sur le thème « Finances publiques : faire peur ou voir venir ? ». Cette assemblée fait partie d’une série d’événements organisés sur le thème général : Économie : Autres voix…autres choix. Ces conférences publiques, sont organisées conjointement par les cinq réseaux pour un discours alternatif en économie :

Économie autrement (EA)

L’institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS)

L’institut de recherche en économie contemporaine (IREC)

Le Réseau pour un changement de logique économique (CLÉ)

Les éditions vie économique (EVE)

Avant d’introduire le thème du débat d’aujourd’hui et de vous présenter l’animateur de la soirée, permettez-moi de vous présenter l’ensemble de la démarche initiée par ces cinq réseaux économiques, dont l’assemblée de ce soir constitue un moment.

A-) Introduction générale à la démarche

En Mars dernier, le ministre des finances du gouvernement du Québec, M. Raymond Bachand, déposait son budget 2010-2011. Celui-ci avait été précédé, on s’en souvient, par la publication de fascicules dressant l’état des finances publiques et proposant une série de mesures destinées à rétablir l’équilibre budgétaire en trois ans. Ce budget a été reçu dans de nombreux milieux comme une véritable douche froide.

Les cinq réseaux alternatifs mentionnés précédemment, qui avaient déjà commencé à se réunir et à échanger sur différents sujets, ont conclu qu’il ne fallait pas attendre le prochain budget pour réagir et qu’il importait de commencer dès maintenant à organiser un débat public : sur les priorités budgétaires d’une part, mais au delà, sur les orientations même de la politique économique.

Il s’agit du début d’une démarche de débat qui se poursuivra au cours des prochains mois et même des prochaines années. Peut-être un jour pourra-t-on même élaborer un budget alternatif. Mais nous n’en sommes pas là. Restons modestes.

Les problèmes ne sont pas simples et appellent réflexion et discussion. Il y a certes des aspects techniques que nous tenterons, dans l’ensemble de cette démarche, d’éclairer le mieux possible. Mais ce n’est pas seulement un débat technique. Ce n’est pas seulement une question d’expertise et de contre-expertise. Il s’agit d’un débat social qu’il importe de mener sereinement et de se donner les moyens de le faire.

Pour cela, il faut aller au delà de la colère et de l’impuissance, nommer les enjeux auxquels on tient plutôt que réagir ; il faut réinventer la mécanique de la délibération publique. Il faut que les points de vue et les questionnements se fassent jour, voire s’affrontent. Il faut surtout se permettre de penser autrement pour ouvrir les perspectives.

• Premier élément de notre démarche commune donc : trois assemblées publiques et un Forum.

  • Québec 22 octobre sur le développement (« Avons-nous encore les moyens de développer ? »)
  • Montréal, le 24 novembre, sur les services publics (« services publics : clients ou usagers ? »)
  • Aujourd’hui, Trois-Rivières sur les finances publiques (faire peur ou voir venir ?)

Lors de ces assemblées, nous visons à identifier les enjeux, à reformuler les questions posées à l’action publique et à commencer à cerner des pistes.

  • Le 24 Février prochain, un forum national avant le budget du gouvernement du Québec qui synthétisera l’ensemble de ces pistes et interpellera le gouvernement.

Il ne s’agit pas ici de dresser une interminable liste d‘épicerie, du reste ingérable, mais d’avancer un certain nombre de principes - d’action et de politiques publiques - qui pourront, selon les réseaux et les organisations, se traduire par des propositions diverses, voire différentes.

  • Deuxième élément de notre démarche : contribuer à alimenter le débat dans les organisations et les mouvements sociaux, à travers les discussions que chaque organisation. Je vous épargnerai ici la liste des interventions des derniers mois et de celles à venir.
  • Troisième élément : produire ou regrouper un certain nombre de documents de réflexion sur les différents éléments abordés au cours des discussions de l’automne et de l’hiver.

L’organisation des assemblées publiques de Québec, Montréal et Trois-Rivières, si elle est sous la responsabilité des cinq réseaux économiques mentionnés précédemment, est faite chaque fois en collaboration étroite avec plusieurs organisations.

  • Ainsi, l’assemblée du 22 octobre à Québec a été assumée par le réseau CLÉ – qui regroupe notamment des personnes issues du Chantier de l’économie sociale, de Solidarité rurale, de Culture Montréal, de l’association des CPE, de CIBL – radio Montréal, et de Nature Québec.
  • L’assemblée de Montréal a été prise en charge par un comité, réuni à l’initiative du Centre St-Pierre et regroupant des représentants et représentantes du conseil central de Montréal de la CSN, du Conseil régional du Montréal métropolitain de la FTQ, de Relais –Femmes, du Centre de formation populaire, d’ATTAC-Québec, des amis du Monde diplomatique et du Centre justice et foi.
  • L’assemblée de Trois-Rivières est rendue possible quant à elle grâce à ECOF (la CDEC de Trois-Rivières).

Le Forum du 24 février est organisé directement par les cinq réseaux économiques. Un comité d’orientation a été mis sur pied qui comprend, outre de nombreux économistes hétérodoxes (i.e. hors du courant dominant), des personnes issues des centrales syndicales, de la coalition contre la tarification, etc.

Il s’agit là d’une démarche que nous espérons féconde et qui a comme objectif premier d’apprendre à travailler ensemble. Il ne s’agit pas d’une coalition – il y en a déjà assez comme ça ! – mais d’une initiative, ouverte à tous ceux et celles préoccupés par les enjeux économiques actuels, une initiative qui s’adresse d’abord aux différents mouvements, organisations et milieux associatifs. Encore une fois, l’idée est d’ouvrir le débat. Nous ne sommes pas forcés d’être d’accord sur tout. La variété des organisations qui ont jusqu’ici répondu à cette initiative est cependant révélatrice d’une intention largement répandue d’identifier ensemble des perspectives et des alternatives. Il s’agit d’un mouvement large auquel nous apportons notre modeste contribution.

Au début des années 80, Margaret Thatcher en Angleterre s’était vue décernée le surnom de TINA en affirmant : « There Is No Alternatives ». C’est encore ce que l’on entend depuis quelques temps. Les gouvernements ne feraient que prendre acte des contraintes de la situation et qu’agir de façon responsable.

Il n’est pas vrai qu’il n’y a pas d’alternatives. Encore faut-il identifier et affirmer clairement la vision, les valeurs, les principes, les règles et les moyens qui permettront de construire des perspectives et un avenir commun. Ceci implique bien sûr de déconstruire les arguments, qu’on nous vend à tour de bras comme autant de vérités incontournables.

Ceci m’amène au débat de ce soir.

Qu’entend-on à satiété, répétée comme une litanie à propos des finances publiques ? Trois choses entre autres.

  1. Le retour à l’équilibre budgétaire est prioritaire et doit impérativement être atteint à court terme.
  2. Le secteur privé serait plus efficace ; il en résulte la multiplication des projets en PPP qui, très souvent, sont justifiés par une réduction des risques pour le secteur public, un meilleur contrôle des coûts ou une réduction du recours aux fonds publics.
  3. Le recours à la tarification est incontournable pour assurer le financement de certains services publics

Ces affirmations, bien que répétées ad nauseam, ne reposent pas selon nous sur un examen complet et sérieux de la situation ; au contraire, à bien des égards, de telles affirmations nous semblent fondées sur des présupposés tordus et une déformation des faits, elles ne visent surtout pas à susciter un débat collectif mais à s’imposer comme une réalité incontournable, non discutable.

Comme le disait un collectif d’économistes dans un texte publié en « Qu’il s’agisse de l’avenir des entreprises et de secteurs entiers de l’économie du Québec, du niveau des revenus générés et de leur répartition, de la formation de la main-d’œuvre, des services publics, des finances publiques, de l’environnement, du développement local et régional, du chômage, de la précarité, de la pauvreté et de l’exclusion, les solutions ne tomberont pas du ciel. Implorer le dieu Marché et l’adaptation forcée n’apporteront pas plus de miracles : les solutions devront être construites et ne pourront l’être que collectivement. » [1] .

Bien sûr, il y a des problèmes. Et il importe de mener le débat. Les mêmes économistes mentionnaient d’ailleurs : « Débattre, ce n’est pas refuser le changement, c’est au contraire lui donner des bases plus solides, ancrées dans les besoins des populations et pas seulement dans les intérêts d’une minorité privilégiée ».

On ne peut que maintenir cette affirmation. Et c’est bien pour cela que doivent s’entendre d’autres voix, pour éclairer… d’autres choix.

Bonne assemblée !
Vincent van Schendel - Économie autrement
Robert Laplante - IREC
Martin Frappier - Réseau CLÉ
Pierre-Antoine Harvey - IRIS
Gilles Bourque – Éditions vie économique


  • [1] « Pour une autre vision de l’économie », rédigé par Sylvie Morel, Bernard Élie, Guy Debailleul, Vincent van Schendel, Gilles Dostaler, Frédéric Hanin, Kamel Béji– et signée en 2008 par plus de 1200 personnes : http://www.economieautrement.org/IM…