À l’origine des crises : surproduction ou sous-consommation ?

Mercredi 22 avril 2009

L’interprétation en vogue de la crise en cours est celle d’une crise de sous-consommation causée par une contraction des salaires qu’on se serait efforcé de compenser par une forte expansion du crédit. Au-delà des variantes, on peut la résumer comme suit :

  • son origine se trouve dans une répartition des revenus devenue de plus en plus défavorable aux salaires et favorable aux profits ;
  • faute d’investissements rentables dans l’industrie et le commerce, ces profits ont été massivement investis dans les marchés financiers ;
  • l’insuffisance des revenus salariaux a poussé les ménages à s’endetter dans des proportions excessives sur ces marchés financiers, en particulier pour accéder à la propriété de leur logement, ce qui a mené à la crise ;
  • une modification de la répartition des revenus en faveur des salaires permettrait de résoudre ce problème de sous-consommation.

Le présent article soutient un point de vue contraire fondé sur la méthode de Marx. Il comporte trois sections. La première établit que les crises telles que comprises par Marx sont des crises de suraccumulation de capital et de surproduction de marchandises et non des crises de sous-consommation dont l’origine se trouverait dans l’insuffisance des salaires. La deuxième montre que la crise actuelle est bien une crise de surproduction et que sa dimension financière ne saurait se réduire à une question de crédit aux ménages venu compenser des revenus salariaux insuffisants. La troisième pose la question suivante : si l’origine des crises ne se trouve pas dans la sous-consommation, leur résorption peut-elle reposer sur la stimulation de la demande globale, qui est au centre des plans de relance actuels des gouvernements ? La réponse à cette question, qui découle de la nature improductive pour le capital des dépenses publiques, permet de comprendre la timidité des plans de relance de l’économie réelle et les hésitations à les mettre en œuvre, alors que le secteur financier a spontanément bénéficié d’une colossale générosité.